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Laurence Debas au P'tit soin d'parapluies

  • Publié le 21/03/2014 à 10:15
  • Par Marie Christine MALSOUTE
Laurence Debas réparatrice de parapluiesPour Laurence Debas, mauvaise météo rime avec boulot. Et en ce moment, elle est plutôt gâtée. Il faut dire que cette Vosgienne installée à Ussac exerce un métier plutôt rare : elle répare les parapluies à petits prix. Un domaine où elle fait la pluie et le beau temps. Son atelier se nomme Ambre gris. Voyage au pays des baleines.



Laurence DebasOuvrir un parapluie à l’intérieur ne pose aucun émoi à Laurence Debas. Avec elle, pas de superstition qui tienne : « Pour les réparer, je suis bien obligée de les ouvrir ! » Logique imparable. Cette Vosgienne qui coule depuis 4 ans des jours heureux sur les hauteurs d’Ussac, exerce en effet un métier devenu rare, quasiment en voie de disparition. Quelques cordonniers ou maroquiniers assurent évidemment ce service. « Mais en tant qu’artisans, nous sommes moins de 10 sur toute la France. »

« Tout peut se réparer dans le parapluie. Une fois qu’on le sait, il suffit de trouver comment. Ce n’est pas très compliqué car le parapluie, c’est mécanique. » Encore faut-il savoir s’y prendre pour le démonter sans que les pièces s’éparpillent tout autour. Et pour ça, forcément, il ne faut pas être né de la dernière pluie. Laurence Debas a commencé à s’y intéresser un peu par la force des choses. « J’ai eu une maroquinerie pendant 24 ans dans les Vosges et je faisais appel à un artisan pour mon service après vente. À son décès, je me suis retrouvée sans solution car les marques ne réparent que leurs articles récents. » Manuelle et minutieuse, elle décide donc de se former chez un fabriquant d’Aurillac, reprend le stock d’un artisan qui part à la retraite et se lance dans le métier, en parallèle pour finir par s’y consacrer exclusivement.

Réparatrice de parapluies


« Qu'ils soient longs ou pliants, je peux réparer tous types de parapluies et ombrelles », assure-t-elle, « Même ceux qui ont 50 ou 70 ans. Ce sont les plus solides. » Autour d’elle, dans la petite pièce aménagée en atelier, des rangées de boîtes répertoriées contenant baleines de toutes tailles, poignées, noix, coulants, mats, clous, ressorts… Il y en a dans tous les coins. Un véritable paradis pour parapluies esquintés. « Le problème, c’est de disposer d’un stock suffisant pour réparer n’importe quel modèle. » Et comme les fabricants ne fournissent plus les pièces détachées, il faut savoir jongler. Alors Laurence Debas accumule les rebuts de parapluies, les désosse en autant de pièces susceptibles d’être réutilisées. « Je suis preneuse de tous les parapluies que les gens veulent jeter. » Elle envisage même de créer un dépôt chez un cordonnier.

Perceuse à colonneSes maîtres à soigner : patience et précision. Ingéniosité aussi. « Je suis souvent obligée de démonter tout le parapluie pour changer juste une petite pièce. » Devant une baleine détraquée, la voila qui part en exploration dans ses cartons en quête d’un substitut. « Il faut l’exacte réplique, dans la même matière, avec la même flexibilité qui donnera le même arrondi au tissu. Si je ne la trouve pas, je la fabrique moi-même avec la perceuse à colonne », explique-t-elle en se réjouissant de surmonter la difficulté. « Je rends un vrai service. »

composition1Ce n’est pas que Laurence Debas chagrine le soleil, bien au contraire, mais lorsque le ciel fait grise mine, ça la mettrait plutôt en joie tant son activité est calée sur les intempéries. « S’il y a du vent, c’est le summum. » Lorsque bourrasques et averses se déchaînent de concert, mails et colis pleuvent en effet de toute la France. « De temps en temps, j’ai aussi un New-Yorkais, une Québécoise, une Anglaise, un Belge, des Suisses. Le gros de mon activité se fait évidemment sur le Nord de la France. Je travaille beaucoup avec les maroquiniers (elle est même réparatrice officielle d’une certaine marque au point rouge, NDLR), mais aussi avec les particuliers qui me trouvent grâce à mon site internet. » Bien sûr, elle reçoit des parapluies de marque, des Vuitton et autre Hermès. Mais ce n’est pas l’essentiel : « La plupart ont surtout une valeur sentimentale liée à un voyage, un cadeau, un achat particulier. Certaines personnes vont jusqu’à m’appeler pour me raconter leur histoire. »

Ne vous y trompez pas : « Un parapluie est bien plus qu’un objet ». « En général, les clients sont plutôt âgés, mais il y a aussi de plus en plus de jeunes qui sont contre le fait de jeter. Une réparation va leur coûter entre 6 et 20 euros. Ils préfèrent mettre le prix du parapluie, ou plus avec les frais de port plutôt que d’encombrer une déchetterie et d’en racheter un autre. » Laurence Debas a fait ses comptes : « Depuis le début, j’ai déjà réparé environ 15 000 parapluies ». Lorsqu’elle repense à sa reconversion, elle y trouve d’ailleurs une certaine logique : « J’ai toujours aimé bricoler » assure celle qui ne déteste pas recevoir une décolleuse thermique comme cadeau de Saint Valentin. Une seule chose pourrait la chagriner : ne pas pouvoir transmettre son savoir. « J’ai encore une dizaine d’années à travailler et j’espère pouvoir former quelqu’un. »

Vous pouvez consulter son site: http://www.reparapluie.com.

Réparation


 

Laurence Debas

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