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"Une manière d'être décalé" avec Gaëtan Roussel

  • Publié le 11/07/2014 à 09:52
  • Par Cesar TIEYRE

Gaetan Roussel


Encore un très belle venue à Brive. Ancien leader des Louise Attaque, désormais lancé dans une carrière solo, Gaëtan Roussel enflammera la scène de Brive Festival le 19 juillet. Aux cotés de titres comme Help myself ou Dis moi encore que tu m'aimes tirés de l'album Ginger, l'artiste aura l'occasion de jouer des morceaux de son second album sorti fin 2013, Orpailleur. La rédaction de Brivemag lui a posé quelques questions.

 

Brive mag : Que vous a apporté en plus votre carrière solo ?

Gaëtan Roussel : "En plus" je ne sais pas si je m’exprimerais en ces termes là. J’essaye d’aller de l’avant. Quand avec Louise Attaque il y a eu cette idée de refaire une pause, j’ai eu envie de continuer à faire de la musique, sans plan précis, je ne rongeais pas mon frein pour faire une carrière solo. Et puis j’ai rencontré des gens, en particulier Alain Bashung, qui m’a demandé de travailler avec lui, c’est ce qui m’a mis le pied à l’étrier. Mon aire de jeu solo en est née. Ça m’a amené une continuité dans la manière dont j’essaye de faire de la musique, c'est-à-dire au contact des autres, dans le collectif. La nouveauté tient plus aux choix à faire, aux choses à trancher seul, mais également à la manière d’aller rencontrer d’autres musiciens. Je suis né en groupe, quand je joue en groupe avec Louise (Attaque, NDLR) on est 4, c’est différent. En solo, je peux jouer tel concert avec telle personne. Là, j’ai essayé de faire quelque chose de fidèle, mais sur cette tournée l’équipe n’est pas la même que sur celle d’avant. Donc ce n’est pas quelque chose en plus ou en moins en qualité, c’est simplement quelque chose de différent.

Gaetan Roussel. Photo DRBM : Votre méthode de travail a dû aussi changer …

GR : Un petit peu, mais je mettrais ça dans une certaine continuité. J’aime aller au contact des autres. Je l'ai fait au début avec des gens comme Joseph Dahan qui a un peu la même culture que moi, de groupe, étant bassiste de la Mano Negra. On se comprenait sur la manière de jouer, cette idée de ne pas jouer les uns à coté des autres mais de jouer ensemble, de s’imbriquer, voire de se bousculer un peu. Chacun doit trouver sa place, il faut que ça frotte. Je suis aussi allé au contact de gens comme The Shoes, un groupe électro de Reims qui n’a pas du tout la même culture musicale que moi. Je suis allé chercher une manière d’être décalé, j’espère avoir une certaine sensibilité. Je ne demandais qu’à être bousculé. Ce que je souhaitais dans mes deux disques solos, c’était me creuser, chercher, être curieux en fait.

BM : Louise Attaque, c’est définitivement terminé ?

GR : On est dans une situation que l’on appelle « pause ». Donc on peut toujours appuyer sur play ou sur stop. Pour l’instant on appuie sur rien du tout. Mais ce n’est pas une situation qui peut durer, elle dure depuis longtemps. On s’est toujours dit qu’on était en pause pour ne pas enterrer cette chose. Là, c’est une pause longue donc il faut trancher ne serait-ce que pour certains d’entre nous (du groupe) qui ont envie de savoir si ça peut revenir un jour ou pas. Une pause ne peut pas durer éternellement. A un moment donné, il faut choisir. Mais pour l’instant je n’ai pas de réponse.

BM : L’album Orpailleur a des sonorités plus électroniques, pourquoi cette évolution ?

GR : J’avais envie de creuser pour le coup. Dans les deux albums, il y a plein de premières fois. Dans Orpailleur j’ai aussi essayé de garder une continuité en retravaillant avec Benjamin Lebeau de The Shoes. Ginger est quelque chose de plus frontal et de plus chaud dans les sons, moins électronique, il y avait moins de chansons qu'on pouvait jouer guitare-voix. C’était beaucoup de collages, d’imbrications, d’assemblages, de superpositions. Sur Orpailleur, les chansons sont peut être plus présentes, presque tout peut être joué à la guitare, c’est d’ailleurs un peu né comme ça. Par contre, toute la production est plus minutieuse, léchée, électronique. Ca m’intéressait d’aller vers ça : des tempos plus lents, des choses qui lorgnaient plus vers des groupes des années 90 comme Massive Attack. Voilà mes idées de départ, mes envies.

Gaetan Roussel. Photo DRBM : Continuez-vous à écrire pour les autres comme vous l'aviez fait pour Alain Bashung ou Vanessa Paradis ?

GR : C'est une chose que j'aime, je l'ai fait un peu au grès des rencontres. Ces derniers temps au milieu de la composition d'Orpailleur j'ai fait une musique de film pour Camille Redouble, puis la tournée. Ça m'a prit un peu de temps. Je marche à la rencontre. Il y a des gens avec qui j'aimerais bien travailler, il faut se rencontrer. J'ai assez peu travaillé avec des gens que je ne connaissais pas trop. 

 

BM : Est-ce un autre métier de composer des musiques de films ?

GR : Complètement, c'est un tout autre métier. Le point commun avec la composition de disques, c'est ma volonté de garder une dimension « Pop » qui me touchait, amener mon truc. C'est comme ça que j'essaye de faire de la musique de films. J'essaye d'amener ma personnalité, c'est le pont entre ces deux « métiers ». Après, sur une image, une note pèse une tonne. Il ne faut pas paraphraser ce qui est dit, il faut être dans le rythme. C'est un travail de réalisation aussi, c'est vraiment interessant. J'ai beaucoup aimé faire ça.

BM : Comment-avez vous ressenti le succès de titres comme Help myself ou Dis moi encore que tu m'aimes ?

GR : C'est toujours super de voir sa musique résonner. On ne fait pas de la musique pour le succès, mais j'apprécie aussi quand ça marche bien. Je suis heureux que les gens aient envie de chanter ces chansons. J'avais envie de faire ces musiques à la base, je ne les ai pas faites pour qu'elles soient des « tubes ». Si ça en devient, je prends. J'ai été ravi, surtout que c'était mon premier album, Ginger. J'avais essayé de faire différemment de ce que j'avais fait avant. J'avais l'impression d'être arrivé à quelque chose qui pouvait justifier que je fasse du solo. C'était déjà un super compliment d'entendre les gens me dire « C'est différent de ce que tu faisais avant ». Alors si en plus ça marche c'est super. J'ai essayé de le vivre pleinement. Avec Louise Attaque, on avait aussi eu cette chance là. J'essaye de le vivre sur scène aussi aujourd'hui. Jusqu'à présent, tous mes projets sont arrivés sur scène. Ce n'est pas pour autant un aboutissement. Ça donne envie de continuer. C'est de l'énergie, du gasoil pour aller plus loin.