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Le train enlevé par les maquisards toujours dans les mémoires

  • Publié le 11/08/2014 à 09:12
  • Par Jennifer BRESSAN


Ce matin du mardi 8 août 1944, ce ne sont pas des citrons qui sont déchargés des 8 wagons stationnés en gare d'Estavel, déplacés en gare de Brive sur l'ordre des Allemands et enlevés par les résistants cheminots et maquisards. Contrairement à ce qui est affiché, ce sont bel et bien des canons ! A l'occasion de la commémoration du 70e anniversaire de cet événement spectaculaire, une cérémonie était organisée in situ, en gare d'Ussac, vendredi.

"Ça me fait plaisir qu'on pense aujourd'hui encore à ce qui a été fait il y a 70 ans. C'est important que la jeunesse se souvienne, pour que le fascisme, les fusillades et les déportations ne se reproduisent pas", a confié Charles Thouloumond, acteur de l'événement, à l'issue de la cérémonie du souvenir. Organisée vendredi par la municipalité d'Ussac, sous le soleil de plomb de la fin d'après-midi, elle a réuni les autorités civiles, militaires et religieuses, de nombreux élus à commencer par les maires d'Ussac, Gilbert Rouhaud, et de Brive, Frédéric Soulier, ainsi que les associations d'anciens combattants et de très nombreux cheminots.



Alerte nonagénaire, Charles Thouloumond avait tout juste 20 ans en cet été 1944. "Des gars plus âgés sont passés et m'ont lancé qu'ils avaient besoin de moi. Avec d'autres, on les a suivis sur les voies. Avec un marteau, on faisait semblant de taper. En fait on surveillait pendant que les plus vieux installaient le matériel pour faire sauter les voies."

C'est que la réalisation  de l'enlèvement du train en gare de Brive a nécessité une solide mobilisation et organisation, dont le récit a été fait par Noëllie Constanty, une jeune Ussacoise. L'opération montée en quelques jours et conduite sous l'autorité de René Ladrière, cheminot mécanicien, membre du mouvement de résistance intérieure "Francs Tireurs et partisans" a mobilisé quatre autres cheminots épaulés par une centaine de résistants.

Il a aussi nécessité la mise en place d'un plan d'action visant à protéger la zone pendant l'opération. Ce à quoi a participé Charles Thouloumond. Mais aussi Serge Rougier, présent vendredi, et également acteur de cette audacieuse et risquée entreprise qui fut menée avec succès et sans causer de perte humaine. A coups de scie et de hache, il fait partie des maquisards des Gorges du Maumont, dirigés par Martin Principaud, qui ont abattu une vingtaine de platanes sur la route nationale 20 pour couper la route aux Allemands en cas de contre-attaque.

Mais toute l'opération s'est déroulée sans accroc. Accrochés à une locomotive à vapeur, les wagons sont partis à 4h45 dans la direction de Limoges par la voie à contre sens et arrivés sans encombre à Ussac, une heure plus tard avec à l'intérieur quelque 200 ouvriers qui devaient être transférés de la Manufacture d'armes de Tulle pour le travail obligatoire. Il aura encore fallu 3 heures de labeur pour décharger les vivres et les 16 canons Hotchkiss de 25 mm qui allaient servir à armer la résistance locale, participant aussi à saper le moral des Allemands. "Action d'une incroyable audace qui fut une des principales causes de la reddition de la garnison allemande de Brive", a rappelé Gilbert Rouhaud.