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L'être s'expose, le paraître se dérobe

  • Publié le 05/12/2014 à 21:03
  • Par Jennifer BRESSAN
Regards croisés à Saint Libéral

L'exposition mêlant aux peintures de Raymond Berbiguier, les sculptures de Pierre Mouzat a été inaugurée tout à l'heure à la chapelle Saint-Libéral. "Regards croisés" dessine les contours d'un tête à tête émouvant entre deux artistes qui ont placé l'humain au cœur de leur art. Jusqu'au 4 janvier. Infos: 05.55.74.41.29. Entrée libre et gratuite.

artiste peintre

Il est troublant de voir les yeux des visiteurs plonger dans ceux peints sur les toiles par Raymond Berbiguier. Troublant de les voir tenter de percer le mystère qui les anime.

Les bouches ont beau être fermées, ou même absentes des visages, les portraits du peintre en disent pourtant long sur le lourd fardeau qu'ils portent. L'artiste se défend de vouloir livrer un message, pire, une leçon, n'empêche, leurs regards fuyants, honteux interpellent, questionnent. Et c'est encore plus vrai quand les yeux s'offrent en pleine face, dévoilant ainsi, à la place de l'iris, des billes noires sans nuances et sans reflets. Insondables. Noirs, comme sans espoir.

Raymond Berbiguier n'est pas un grand optimiste, cela, il veut bien l'admettre. Fut un temps où il peignait des jolies choses, des douceurs marseillaises. Il se sent à présent plus en phase avec ces visages. "La composition commence par la tâche, blanche ou ocre. Ce que je compose, je le déstructure", jusqu'à ce que ça prenne forme. Celle qu'il veut, dans la figuration souvent, l'abstraction aussi parfois, le visage disparaissant derrière la couleur qu'une gestuelle physique, assez violente même, vient déposer sur la toile. Y'a-t-il beaucoup de lui dans ces visages ? C'est une question qu'on lui pose souvent. Aussi a-t-il la parade: "C'est moi si on veut, pas en figuration. Disons qu'on peint ce que l'on est..."

pano expo

sculpteurAu centre des murs de la chapelle Saint Libéral est aussi disposée une dizaine de sculptures de Pierre Mouzat, artiste bien connu à Brive. Ses êtres décharnés font ainsi face aux visages désabusés du peintre. "C'est la rencontre entre deux fortes personnalités aux œuvres complémentaires" indique Laurent Cadeau, président de l'association Maecene Arts qui a organisé, en partenariat avec la Ville, cette exposition.  "L'humain est au cœur de leur travail", torturé par les couleurs, malmené par les bronzes. "C'est que le seul moment où j'ai de la compassion pour l'homme, c'est quand il est fragile." Aussi, l'artiste sculpte-t-il ses personnages dans la fragilité, sans socle, en équilibre. Définitivement plus Giacometti que Botero, il travaille les creux et les reliefs, jamais les rondeurs. Réunies dans la chapelle, leurs œuvres donnent un aperçu de l'humanité dans tous ses états. Dans toute sa noirceur ? "C'est juste l'humain, derrière les apparences", assure Pierre Mouzat.

A la chapelle Saint Libéral, rue de Corrèze, du mardi au vendredi de 12h à 18h, le samedi de 10h à 13h et de 14h à 18h. Le dimanche de 15h à 18h.

pano discours

guitariste

sculpture