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Festival du cinéma: de Sébastien Bailly à Elsa Charbit

  • Publié le 15/01/2015 à 16:05
  • Par Jennifer BRESSAN
--Elsa Charbit

Son nom vient d'être dévoilé. La Parisienne Elsa Charbit, qui a derrière elle 10 ans d'actions culturelles au sein de la Cinémathèque Française et, pour elle, une cinéphilie très large, a été choisie pour prendre les rênes du festival du cinéma de Brive. Doit-on s'attendre à une petite révolution pour cette 12e édition, du 14 au 19 avril

presidente moyen metrage 4Pas de révolution annoncée pour la 12e édition. Mais plutôt le changement dans la continuité. Pour autant, en prenant la suite de Sébastien Bailly qui a créé, avec Katell Quillévéré, le festival du cinéma de Brive il y a 10 ans, Elsa Charbit mesure et sa chance et l'ampleur de la tâche qu'elle a à accomplir. Elle s'apprête à faire le grand écart entre patrimoine cinématographique, un intérêt qu'elle a cultivé 10 années à la Cinémathèque Française, et jeune génération de cinéastes dont elle veut désormais accompagner l'éclosion. Une nouvelle aventure dans laquelle elle se lance corps et âme, pleine de sa passion pour la transmission qu'elle a affûtée au poste d'adjointe à la direction de l'action culturelle à Paris, et de son amour pour le cinéma qu'elle situe quelque part aux confins du Voyage au bout de l'enfer (1978) de Michael Cimino, 2001 l'Odyssée de l'espace (1968) de Kubrick et La Maman et la putain (1973) d'Eustache.

-Quand et comment s'est déroulée votre nomination?

-Un appel à candidatures a été lancé en mai 2014. J'ai passé un entretien à Paris, à la Société des réalisateurs de films devant un comité de sélection composé de cinéastes membres de la SRF.

-Savez-vous pourquoi vous avez été choisie ?

-Je n'ai pas le fin mot de l'histoire! Je pense que c'est lié à ma cinéphilie classique, fruit de mes 10 ans passés à la Cinémathèque. Ceci et le fait que j'ai déjà eu à organiser des événements, accueillir des cinéastes, parler de cinéma...

-Quand avez-vous découvert le festival du moyen métrage de Brive?

-J'étais venue en 2004, la première année où Sébastien Bailly et Katell Quillévéré l'ont lancé. J'étais admirative de leur courage et de leur audace. Le moyen est le maillon essentiel qui manquait à la chaîne des festivals. La plupart du temps, ce sont des films qui ne sortent pas en salles. Ce festival représente donc l'unique occasion pour ces films de rencontrer leur public. C'est pourtant un format important, un moment charnière dans la carrière des cinéastes, la dernière grande marche avec le long-métrage; il offre en outre une grande liberté pour déployer une mise en scène.

-C'est une mission très différente de celle qui vous occupait précédemment. Peut-être même est-elle son exact opposé...

-Je nourris depuis longtemps un fort intérêt pour le cinéma de patrimoine, mais je me suis aussi toujours intéressée à l'actualité des films. Hier, je côtoyais des cinéastes reconnus, déjà entrés au Panthéon, maintenant j'ai envie de participer à la découverte de nouveaux talents, d'aider la nouvelle génération de cinéastes à émerger.

-Quel regard portez-vous sur ce festival?

-Dans de nombreux autres festivals, les gens ont le nez collé sur leur grille, priant pour ne rien rater de la programmation; il y a comme une sorte de frénésie. A Brive, on est à une échelle humaine. Ce sont 5 jours de partage, de discussions, propices aux rencontres. Il y a de la chaleur. En outre, le festival se passe dans un lieu magnifique, le Rex, qui propose une vraie programmation cinéphile tout au long de l'année. Tout le monde se retrouve là, dans ce bel écrin, pour fêter le cinéma.

-Comment abordez-vous la prochaine édition ?

-A fond ! Je m'engage totalement et visionne nuit et jour les films que nous recevons. C'est un plaisir absolu. La compétition est absolument centrale. Le festival a un vrai rôle de pépinière.

-A quoi êtes-vous sensible dans le cadre de la sélection?

-A la prise de risque,  au regard singulier. On doit sentir que quelqu'un derrière est mû par quelque chose, quel que soit le genre choisi. Il n'y a pas de sous sélection.

-Voulez-vous révolutionner le festival ?

-C'est un festival qui a déjà atteint une très belle maturité, qui est abouti. La structure restera la même avec les hommages, focus, parcours, le ciné concert, etc. Je voudrais juste continuer à l'ouvrir, pour un jour, peut-être, franchir les frontières de l'Europe; ouvrir également la programmation, les rétrospectives à des cinéastes qui se sont essayés, dans le fil de leur carrière, au moyen-métrage. Ce serait une façon d'accéder à une histoire beaucoup plus large de ce format et par exemple de voir comment un Scorsese ou un Lars Von Trier s'est prêté à cet exercice. L'idée est aussi d'aménager la grille de façon à ce que le maximum de temps soit consacré aux rencontres avec le public. C'est essentiel pour que les cinéastes puissent défendre leur œuvre.