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Le mixmedia: pour une info comme vous la voulez

  • Publié le 04/11/2009 à 10:00
  • Par Marie Christine MALSOUTE

Philippe Chapot, l'un des quatre créateurs du dentre de formation mixmedia



Quatre professionnels des media veulent ouvrir à Brive en 2010 un centre de formation d'un tout nouveau genre sur le "mixmedia". Pour les journalistes and co, c'est une nouvelle façon de concevoir le métier: la même information captée peut être déclinée télé, radio, journal, web, mobile 3G... Une formation décentralisée qui intéresse des grands groupes de presse. Derrière ce projet, trois gars du crû, "l'homme de radio" Philippe Chapot, le graphiste Pierre Fabre, le motion designer Pierre Magnol et un journaliste de RFI Dominique Desaunay. Pour mieux comprendre, voici leur site pilote tendanço de la première émission multi-support.



Philippe ChapotLa mutation des media est loin d'être achevée. Pour preuve, voici l'aube du "mixmedia". Evidemment, ça ne vous parle pas. Voyons comment vous expliquer la chose... Aujourd'hui, chaque support joue sa propre partition: un journaliste en presse écrite va travailler le poids des mots et le choc des photos, son confrère radio va chercher à ramener du son, un autre des images, un autre encore traitera l'info pour une diffusion web, 3G ou mobile... Et s'il était possible de mutualiser tout ça? S'il était possible, à partir de la capture d'une même info, de pouvoir la décliner pour différents supports tout en respectant les spécificités de chacun d'entre eux? Un mix quoi! Et bien justement, c'est le mixmedia, une sorte d'approche "universelle". Tout va être créé une seule fois pour être diffusé sur l'ensemble des supports.

micro"Le consommateur veut pouvoir écouter, regarder, lire et interagir partout et tout le temps avec son média ou sa marque préférée", constate Philippe Chapot. Au volant, il ne peut qu'écouter l'info, mais ailleurs, il a le choix de la lire ou de la regarder sur une télé, un ordinateur, un mobile...

Mais encore faut-il pour le journaliste savoir adapter l'info pour tous ces supports. Ça, c'est justement le but du centre de formation mixmedia que veulent créer ces quatre mousquetaires. "Il portera sur le contenu et l'habillage multi-support. A l'heure actuelle, il n'existe pas de tel centre en Europe. Il s'agit de donner aux journalistes, aux communicants, des connaissances techniques de fabrication à l'ensemble des supports." A l'exemple de ce que pratique déjà Philippe Chapot.

L'homme, la quarantaine élancée, vous déclare tout de go qu'il vient de la radio. C'est vrai qu'il est tombé dedans tout petit, avec un papa rédacteur en chef de "La lettre de l'audiovisuel", une lettre bleue, fil rouge de la profession. Ce "fils de" s'est donc vu ouvrir plus facilement les portes mais vole aujourd'hui de ses propres ailes pour jouer dans plusieurs gammes. Il est même du genre multi-cartes, en possède plusieurs modèles qu'il distribue selon sa casquette du moment: co-organisateur depuis 6 ans du très couru Siel-Satis (LE salon de la profession audiovisuelle), éditeur en autres de guides radio, concepteur de site web, créateur graphique et audiovisuel, journaliste à ses heures... Ajoutez à cela que l'individu a été professeur de tennis en Suède, où il a entre autres mis en scène une pièce (en suédois dans le texte s'il vous plaît) et vous aurez une idée de la difficulté à cerner ce personnage touche-à-tout passionné de nouvelles technologies.

Et ses trois compères tout aussi férus sont sur le même registre, prônant le mixmedia en credo pour demain. Du journaliste à RFI Dominique Desaunay au motion designer Pierre Magnol implanté à Saint-Viance (à qui nous avons récemment consacré un article) en passant par le graphiste typographe designer briviste Pierre Fabre de Bicom studio, l'engagement est identique. "Nous avons quatre parcours différents. C'est cette approche globale qui nous réunit", commente Philippe Chapot.

Philippe ChapotCertes, ce "mixmedia" se pratique déjà sous forme embryonnaire, au sein de plusieurs groupes que ce soit en France comme à l'étranger. Certaines émissions débats et certains concerts, par exemple, sont diffusés de manière synchrone sur plusieurs supports avec un même programme dont l’audio est utilisée pour la diffusion en radio et le flux vidéo et audio pour une diffusion analogique, TNT, satellite, web, 3G, télévision mobile. Mais pour la grande masse des communicants, tout reste encore à apprendre, souvent en tâtonnant.

RNT: radio numérique terrestre"Nous travaillons sur ce projet de centre de formation à Brive depuis un an et demi. Pour l'heure, nous recherchons des locaux et nous pensons démarrer dès le début 2010", espère Philippe Chapot. "Nous allons débuter doucement avec une aide européenne. Nous proposerons de la formation pour journalistes, pour les jeunes et à la demande, en faisant appel à des intervenants de qualité." Une de leur formation figure déjà au catalogue de l'INA! C'est pour dire. "Les professionnels sont intéressés."

Bien dans sa villeSurtout, la bande des quatre veut faire de ses locaux avec plateaux et régie audio et vidéo, un vivier de compétences. "Il y aura une exposition permanente présentant les travaux faits sur ordinateur.  Nous utiliserons par exemple les nouvelles technologies comme des "douches audio": vous passez dessous et le son se met à fonctionner, vous allez plus loin, le son s'arrête. Il y aura aussi une "cantine", un espace de travail collaboratif comme celui qui existe déjà à Paris. Par exemple, un agriculteur a une idée mais ne sait pas comment l'appliquer: des spécialistes pourront l'aider gratuitement à trouver une solution." Une conception "à l'américaine" chère au Corrézien.

Mais pourquoi s'ancrer à Brive, à l'heure où tout se centralise sur Paris? "Ici, nous sommes à un carrefour, autant l'utiliser", diagnostique Philippe Chapot. "Notre objectif, c'est aussi de rester dans la région. L'idée, c'est de nous servir de nos connaissances pour faire venir les gens ici." Comme son compatriote Pierre Magnol, il est obligé de se rendre régulièrement dans la capitale et avoue franchement: "Je n'ai aucune envie d'aller ailleurs. J'ai passé mon enfance ici. Il y a un potentiel, une qualité de vie aussi et c'est possible de travailler en région."