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Vivre et se souvenir

  • Publié le 21/01/2010 à 16:40
  • Par Jennifer BRESSAN
Roger Gouffault qui a assisté à la projection du documentaire.Cet après-midi au Rex, Roger Gouffault a assisté à la projection du documentaire Au bout de la nuit aux côtés de près de deux cent lycéens venus des établissements de la Corrèze. Un face à face émouvant entre des jeunes qui découvrent l'enfer nazi dans les livres et celui qui a vécu l'expérience des camps. Tout au long de sa vie, Roger Gouffault n'aura eu de cesse de raconter, de témoigner. Ce documentaire, qui sera diffusé sur France 3 le 23 janvier, sera projeté une seconde fois ce soir, au Rex, à 19h30. Ouverte à tous, la projection sera suivie d'un débat avec Roger Gouffault.Roger Gouffault répond aux questions des lycéens.198.000 déportés à Mauthausen et dans ses camps annexes en Autriche. 118.000 hommes morts. Telle est la réalité sur laquelle le documentaire s'est terminé. Roger Gouffault, qui a découvert le documentaire en même temps que les lycéens, cet après-midi, était particulièrement ému au moment de prendre la parole. "Je suis heureux de la trace que ce documentaire va laisser mais je reste un peu amer par rapport à l'homme", affirme-t-il quelques secondes après la fin de la projection. Une parole dictée par l'émotion et troublée par le tourbillon de souvenirs qu'a vraisemblablement convoqué en lui ce film.

"Il fait voir la réalité". Une réalité monstrueuse. Des années de souffrance. Un témoignage bouleversant qui entraîne le spectateur sur les traces d'un enfer: Roger s'engage dans la résistance à 17 ans. Arrêté à la veille de Noël 1942, il est condamné à mort par la Gestapo puis déporté au camp de Mauthausen et classé "Nuit et brouillard".

Près de 200 lycéens étaient présents à la projection.

A l'image, l'homme de 86 ans raconte l'horreur de la vie quotidienne, des journées où ils doivent travailler jusqu'à l'épuisement dans le meilleur des cas, jusqu'à la mort la plupart du temps. A plusieurs reprises dans le documentaire, Roger Gouffault se tait, incapable de poser des mots sur une horreur indicible. Alors les images prennent le relais. Silence. Il n'y a rien à ajouter face à la violence froide qui sévit sur l'écran. Roger Gouffault est retourné à Mauthausen 88 fois depuis sa libération. Par ses nombreux témoignages, il souhaite lutter contre l'oubli. Un devoir moral, une nécessité, une promesse faite aux amis.

De nombreuses questions des lycéens ont fait suite à la projection. Elles portaient sur la vie à Mauthausen mais aussi sur la possibilité de vivre, d'aimer après l'expérience des camps. "A quoi on se raccroche durant tout ce temps de captivité ?", demande un lycéen. Un caractère optimiste, un peu de chance, aussi, l'ont sauvé. Et surtout, " l'envie de vivre, l'amour de l'autre, celui avec un grand A". Des valeurs qui l'accompagnent encore aujourd'hui, plus que jamais. Ce témoignage, rare, réalisé par Patrick Séraudie pour Pyramide Productions et co-produit par France 3 est d'autant plus précieux qu'aujourd'hui, Roger Gouffault est un des seuls français, déporté à Mauthausen, a être encore en vie.

Une seconde projection a eu lieu le même soir à 19h30 au Rex en présence de Roger Gouffault. Deux salles ont dû être libérées pour accueillir un public venu en nombre.