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Social : en colère contre Kolher

  • Publié le 02/04/2010 à 10:52
  • Par Jean René LAVERGNE
Des palettes flambent devant les portes d'entrée des ateliers. L'ensemble de l'effectif a débrayé ce matin. La production est arrêtée, les expéditions le sont aussi. "Depuis l'annonce du plan social qui prévoit 160 suppressions d'emploi, nous sommes KO", dit un employé. Les visages sont graves, l'avenir est sombre comme un ciel de Toussaint. A l'intérieur du site, les ''Delafon" ont symboliquement créé un cimetière. Des tombes de faïence pour symboliser leur disparition. Ce matin Philippe Nauche, député maire, et Patricia Bordas, vice présidente au conseil régional, sont venus les rencontrer.Assis contre un lampadaire proche des portes de l'usine, un jeune salarié se laisse aller : "Je m'entraîne à devenir SDF, il ne me manque plus qu'une petite boîte pour que les passants me donnent quelques pièces jaunes". Il n'en est pas encore là, mais il faut bien avouer que pour la grande majorité, l'avenir s'annonce difficile. Aux premières heures de la journée ont été accrochées et suspendues des banderoles qui reflètent l'état d'esprit des ''Delafon". Ils  s'appellent encore comme ça bien que la société soit sous la coupe du groupe Kolher depuis le milieu des années 80.

Devant les portes de l'usine, par petits groupes, les hommes discutent, ils ne sont pas triste, ils sont en colère contre Kolher. Dans le garage à vélos ont été installées quelques tables et des cafetières. Les salariés viennent tour à tour prendre un petit noir, ils grillent quelques cigarettes, mais l'anxiété est palpable. ''J'ai 58 ans dont une bonne dizaine d'années passées ici, je ne sais pas ce que vais devenir. De toute façon, je n'ai pas assez de cotisation pour partir à la retraite", explique l'un d 'eux. Puis il y a ceux qui ont vraiment la rage. ''J'ai un crédit à payer, je ne sais pas comment tout cela va finir. On ne comprend pas pourquoi on nous traite avec autant de brutalité et de violence", lance un homme jeune. Les "Delafon" sont mis sans autre forme de procès devant le fait accompli. Fin juillet, le four s'éteindra définitivement, les grilles resteront closes et 160 salariés seront au chômage. La production sera faite à Tanger ou en Espagne. "On ne méritait pas ça. Nous sommes venus travailler le samedi quand on nous le demandait, j'ai le dos cassé, il m'est arrivé de porter jusqu'à 50 tonnes de matériel par jour, et je ne vous parle pas de la poussière, certains gars ont la silicose", ajoute un homme au visage fatigué. "Je confirme, ils sont abîmés, il y a beaucoup de détresse parmi les employés", témoigne Madame Flamant, l'infirmière de la société.

Ce matin, Philippe Nauche, député maire, et Patricia Bordas, vice présidente de la région, sont venus à la rencontre des grévistes. Philippe Nauche a dit qu'il souhaitait interpeller le gouvernement lors des questions du mercredi. "On vous écoutera avec grand intérêt", on dit en cœur les grévistes.

En fin de matinée, les "Delafon" se sont rendus en cortège jusqu'au carrefour du Teinchurier. Une première action qui ne sera pas sans lendemain à en juger par la détermination collective.