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Mieux prendre en compte la parole de l’usager des EHPAD

  • Publié le 07/05/2010 à 13:11
  • Par Olivier SOULIÉ
Fabienne Lauze-Martin, directeur de l'EHPAD de Rivet, Philippe Nauche, Michel Laforcade et Christophe Rolhion, directeur d'un centre de formation

"Merci pour l'extrême humanisme de vos propos. Ils m'ont fait du bien en tant que fils d'une personne hébergée ici et aussi en tant que professionnel dans le médico-social." Cette intervention résume bien le bel accueil réservé par le public aux propos tenus pendant plus d'une heure par le directeur de l'Agence régionale de la santé (ARS) du Limousin Michel Laforcade. Hier, il tenait une conférence à l'EHPAD (Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) de Rivet sur le thème du "concept de la bientraitance en EHPAD".



"C'est un sujet qui, généralement, n'intéresse pas vraiment les technocrates. Le choix de Michel Laforcade de parler de bientraitance pour sa première intervention publique nous rassure sur son intérêt pour cette question." Philippe Nauche ne cachait pas sa satisfaction hier soir, à l'EHPAD de Rivet. La conférence du directeur de l'ARS participe à "dépasser l'idée de maltraitance pour aller vers un concept de bientraitance".

Michel Laforcade, directeur de l'ARS du LimousinMichel Laforcade a expliqué avoir la volonté de "parler vrai". Il a tenu parole. Son discours fut long et passionnant à la fois. Dense, truffé de références à des grands penseurs, philosophes ou scientifiques, teinté d'humanisme, le propos avait vocation à "réinterroger les évidences". Se débarrasser des idées toutes faites, des recettes trop bien ancrées, des automatismes. "Nous devons réflechir tous ensemble à ce qui est maltraitant. Ne pas forcément accepter les définitions faites par d'autres. Au cœur de chaque établissement, l'idéal serait d'avoir un code éthique. Pas de grandes généralités mais du concret, comme définir un temps pour la toilette, discuter du tutoiement ou pas de l'usager en fonction de l'histoire de la relation entre lui et le soignant, etc."

Bannissant la langue de bois de son discours, Michel Laforcade, qui estime que "la judiciarisation n'est pas scandaleuse dans la mesure où elle reste raisonnable", se félicite de "la désacralisation des métiers de santé": "Par postulat, l'infirmière, le médecin, l'éducateur, etc., apparaissent du côté du bien. Cette sacralisation n'incite pas vraiment à l'autocritique, pourtant nécessaire pour progresser. Il faut accepter que la société puisse mesurer l'efficacité des médecins ou des établissements. Il faut aussi accepter l'idée que l'usager est un expert. Notre système s'est perdu à chaque fois qu'il a oublié que le premier expert est l'usager, et qu'il doit être écouté."

L'écoute de l'usager est le coeur du propos de Michel Laforcade. "Une force d'interpellation collective est souhaitable. Dans les investissements des politiques de santé, on pourrait par exemple consacrer une petite part du budget, de moins de 1%, au financement d'une association regroupant usagers et représentants des établissements. Ils seraient chargés d'un suivi et d'une évaluation de la politique menée."

La conférence a été suivie par une assistance attentive et nombreuse

Des idées, le directeur de l'ARS en a beaucoup. Toujours liées à l'écoute des usagers. A la prise en compte de sa parole. Comme la création d'un conseil de la vie sociale dans chaque département, où tous les acteurs de la santé échangeraient "en parlant concret". Dès juin prochain, le concret sera d'ailleurs pris en compte: "On va mettre en place une évaluation sur deux thématiques: l'usage des médicaments et la dénutrition dans les EHPAD. Sur ce dernier point, une évaluation similaire a été menée dans l'Aude et on a constaté que 25% des usagers étaient dénutris! Ce n'est évidemment pas de la maltraitrance volontaire. Les causes vont, par exemple, des horaires inadaptés des repas à une nourriture pas forcément compatible avec la dentition parfois fragile de certains usagers, etc."

Estimant que l'EHPAD devrait être "un substitut du domicile, ce qui implique par exemple que l'usager peut recevoir des gens à n'importe quelle heure, avoir un animal de compagnie, se faire porter le courrier par le facteur, qu'il faut frapper à sa porte et attendre la réponse avant d'entrer", Michel Laforcade a tout de même conscience que ses propositions ne sont "pas toujours faciles à mettre en application". Mais elles doivent "servir de base pour des discussions autour de la bientraitance".

Le combat de cet homme vise à "considérer les personnes âgées non pas en les identifiant à leur degré de dépendance mais comme des êtres pouvant apporter aux autres jusqu'à la fin": "Si une personne âgée prend plaisir à peler deux carottes et à découper trois navets pour la soupe du midi, il faut la laisser faire. C'est sa manière d'apporter à l'autre. Même dans les derniers instants de vie, même dans un état comateux, une personne apporte à l'autre. Par exemple, un petit enfant qui tient la main de sa grand-mère dans les derniers instants s'en souvient toute sa vie. Elle lui a apporté cela. Ce n'est pas rien."