Actualités

Une parade d’enfer

  • Publié le 25/09/2010 à 21:20
  • Par Marie Christine MALSOUTE


A l'heure pile, 21h, avec l'exactitude des trains, Générik vapeur a démarré son spectacle de rue devant la gare, à grand renfort de bruits, de fumigènes et de pétards. Bivouac, un spectacle hallucinant où des hommes bleus frappent des bidons, les balancent, les brandissent à bout de bras, pour se tracer une voix dans la foule jusqu'à la place Thiers. Fin du monde? Naissance délirante? Une parade d'enfer assourdissante qui marquait les 150 ans de l'arrivée du chemin de fer à Brive. "Des fous furieux", s'exclamait un spectateur ravi. Un compliment qu'appréciera certainement la compagnie.



"A ne pas manquer!" Le bouche à oreille a bien fonctionné, alors, il y avait foule pour voir ces drôles de déjantés. Sur le parvis de la gare, il fallait déjà joué des coudes pour approcher un de ces hommes bleus, short-costard-cravate et pâquerette à la boutonnière. Très seyant! Lunettes de soudeurs en sus. Et la machine Générik vapeur s'est mise en marche. Les bidons ont frappé le sol, lentement, puis à un rythme de plus en plus soutenu, comme un train qui s'ébranle pour partir à toute vapeur. Une délire à pleins tubes!

D'abord dubitatifs, les visages ont rapidement viré aux sourires. Impossible de résister à cette déferlante insensée, à cette piétaille aux têtes hallucinées précédant une machine infernale sortie de Mad Max et sur laquelle les musiciens explosaient des notes infernales. En contre-bas, un des personnages beuglait dans un mégaphone, un autre bringuebalait au bout d'une chaîne son chien de métal et de feu. Livrés à leur délire, puisant leur inspiration au gré du chemin, les comédiens s'éclataient dans la foule, grimpaient les murets, escaladaient les grilles. Les spectateurs ne savaient comment mieux les suivre ou les précéder, s'agglutinant au moindre arrêt pour se disperser aussi vite devant une percée. Une balade de nuit complètement loufoque. Impressionnante de métal et de feu!

Ce cortège surréaliste a déferlé de l'avenue de la gare pour obliquer sur le boulevard Clémenceau. Juchés sur leurs bidons, tels des sémaphores, les hommes bleus montraient d'un bras directionnel les changements d'aiguillage. Puis l'avenue Edouard Herriot où la troupe s'est effondrée devant les Treize arches organisateur de cette saison culturelle. Le temps de reprendre des forces en croquant à pleines dents des pieds de laitue et en se revigorant d'une potion bleue, sans doute secret de leur délire si ce n'est de leur couleur.

Ebrouant la ville sur son passage, la troupe a poursuivi sur le boulevard Puyblnac, piochant dans les spectateurs quelques compagnons de voyage qui ont participé "à l'insu de leur plein gré" à cette joyeuse échappée libre. Cette imagination débordante en mouvement a fini par arriver place Thiers devant une montagne de bidons qui a volé en éclats devant tant d'irrationnel! Fin de l'évasion. Un spectacle déroutant, complètement décalé, très visuel, très bruyant aussi, mais drôlement éclatant! Et on en redemande.