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Un film sur un survivant des ténèbres

  • Publié le 02/02/2009 à 12:04
  • Par Marie Christine MALSOUTE
Roger GouffaultMatricule 34534. Roger Gouffault n’a que 18 ans lorsqu’il est déporté à Mauthausen. Aujourd’hui, à 84 ans, il raconte son histoire dans un film documentaire, en cours de tournage, intitulé « Au bout de la nuit ».

Ce film se veut une véritable rencontre avec un personnage touchant, hors du commun, qui garde, malgré l’horreur subie, toute sa foi dans la solidarité. Comme une prévention à la folie humaine.« Roger Gouffault est l’un des derniers résistants déportés à pouvoir décrire avec précision son parcours », justifie Patrick Séraudie de Pyramide production, producteur du film avec France 3 Limousin Poitou Charentes.

La particularité de son film documentaire par rapport à ceux existant déjà sur le sujet est de se concentrer sur un unique personnage, expliquant uniquement ce qu’il a vu et vécu.

En mars 2008, la caméra a accompagné Roger Gouffault sur place, à Mauthausen et Ebensee. L’ancien déporté a remis ses pas dans celui du jeune résistant. Tel un guide, il raconte. « Parfois disert, parfois hésitant, souvent ému, quelquefois silencieux », décrit Patrick Séraudie.

Le cinéaste repartira tourner fin mars début avril en Autriche d’autres plans. Le film lui devrait être achevé fin octobre et diffusé sur France 3 Région dans la collection « Résistance en Limousin ». Peut-être circulera-t-il aussi dans les établissements scolaires.

BRIBES DE SOUVENIRS

Roger Gouffault arrive à Mauthausen : « On appelle mon matricule. En allemand. Je n’ai pas compris. Alors le capot me donne des coups de matraque. Je tombe. Deux gars me relèvent, un Polonais et un Espagnol. Sans eux, j’étais mort. »

« Sans cette solidarité, je ne serais pas rentré. C’est l’homme qui vient au secours de l’homme. » Pendant trois ans, le matricule 34534 a survécu ainsi au jour le jour. L’âge n’a pas entamé la vivacité du regard, ni celle des souvenirs de cette horreur banalisée au quotidien. « C’est dur à tuer, un homme. »

« Aujourd’hui, il existe encore des SS, des relents négationnistes. Il faut lutter contre ça. Tant que je serai vivant, je me battrai pour garder cette mémoire. Si on oublie son passé, on peut le revivre. Aujourd'hui, on fait des barrières pour n'importe quoi, on devient individualiste et on oublie le respect de l'homme."

POUR EN SAVOIR PLUS

  • un livre : « Déporté à Mauthausen, Quand nous n’étions plus que des numéros », de Roger Gouffault publié en 2008 chez Ecritures.



  • une exposition « La part visible des camps » jusqu’au 24 février à la Chapelle Saint-Libéral. L’exposition organisée par le centre Edmond Michelet rassemble des photographies du camp de concentration nazi Mauthausen, des clichés SS et des photos prises sur les mêmes appareils par les détenus libérés ainsi que celles prises par les libérateurs américains. Entrée gratuite.