Actualités

Quand Brive se fait muse, avec Claude Michelet (2/9)

  • Publié le 29/08/2011 à 13:14
  • Par Jennifer BRESSAN
Claude Michelet, l'auteur"Je porte en moi ce livre depuis le 25 février 1943; ce jour où, à 7h du matin, sous mes yeux et ceux de mes frères, la Gestapo arrêta mon père", confie Claude Michelet sur la quatrième de couverture de son dernier roman Ils attendaient l'aurore paru cette année aux éditions Robert Laffont. Ici, nulle n'est question de terroir mais d'Histoire, derrière laquelle se dessine en filigrane la figure d'Edmond Michelet.

Le dernier opus de Claude Michelet s'éloigne tout à fait du roman du terroir qui l'avait révélé avec Les Gens de Saint Libéral et qui avait contribué à faire émerger le courant littéraire de l'Ecole de Brive. Dans ce dernier roman, Claude Michelet retrace la période allant du Paris occupé jusqu'à la libération à travers le parcours de trois amis Jean, Albert et René. Exception faite de quelques succincts passages à Brive où un des personnages est de passage, ce livre n'est pas lié à l'histoire de la ville mais il a sans nul doute infusé dans l'esprit de son auteur pendant plusieurs décennies. Le fruit de cette macération émerge sous forme d'hommage au père, Edmond Michelet.

L'ouvrageLe récit de 300 et quelques pages, composé en quatre parties, "Trois de quarante", "La flamme vacillante", "Au fond de la nuit" et "Les artisans de l'aube" fait alterner la vie de Jean, Albert et René, dont les liens tissés avant guerre finissent par se déliter, les entrevues s'estomper pour finalement s'interrompre et se changer en traque. Si le parcours de Jean qui tombe dans la résistance "par réflexe d'étudiant" est intéressant à parcourir d'un point de vue historique, la trajectoire d'Albert, collaborationniste, ne l'est pas moins, d'un point de vue plus moral. Etudiant d'histoire à la Sorbonne devenu journaliste, il sera poussé à la radicalisatiuon par son professeur et ne répugnera à aucune trahison pour bénéficier de ce qu'il considère être des honneurs. Mais que restera-t-il de ses convictions pro-nazies à l'aube du débarquement, lorsque la toute puissance allemande commencera à s'étioler jusqu'à battre sérieusement de l'aile?

Troisième grande figure de ce roman: René le pacifiste forcené qui pense plus à découvrir les joies de la chair dans le Paris occupé qu'à plonger dans la propagande nazie ou au contraire entrer en résistance. Son transfert en chantier de jeunesse puis sa participation forcée à la Relève, à Hambourg, aura-t-il raison de son indifférence totale au reste du monde?

Par l'intermédiaire de ces trois parcours qui s'enchaînent, se rencontrent, se brisent- au moins moralement -, l'auteur tient le lecteur en haleine, et en historien rigoureux, fait revivre cette période noire de l'histoire au rythme des articles d'Albert qui se multiplient, du nombre de résistants qui s'amenuisent autour de Jean et des conquêtes de René qui s'envolent. Pourtant, chacun, à leur tour, Jean, Albert et René connaîtront des grandes satisfactions comme de douloureux revers. Reste que chacun à leur manière, ils devront assumer leur choix et en payer le prix.

Ils attendaient l'aurore, de Claude Michelet, publié aux éditions Robert Laffont. 312 pages. 21 euros.

Sur ce même sujet:

- Quand Brive se fait muse, avec Louis-Olivier Vitté (4/9)

- Quand Brive se fait muse, avec Jean-Paul Malaval (3/9)

- Quand Brive se fait muse, Jean-Paul Malaval (1/9)