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L’intimité de l’humanité dans l’œil de Reza

  • Publié le 05/10/2011 à 15:28
  • Par Jennifer BRESSAN
Le photographe Reza

L'image sera au cœur de la 2e édition du festival du tourisme responsable Icare, les 28, 29 et 30 octobre au théâtre municipal. A cette occasion, Reza qui est l'un des reporters-photographes les plus reconnus de la profession sur la scène internationale en est l'invité d'honneur. Il nous a accordé un entretien où il se confie sur sa vie et sur son œuvre d'une voix profonde et franche où vibrent l'émotion et ce léger accent qui trahit ses racines iraniennes.

Depuis ses 14 ans, Reza, porté par la conviction du rôle déterminant que la photo a à jouer pour l'humanité photographie les conflits, les révolutions, les catastrophes et l'injustice et pose l'homme au centre de son travail. Time Magazine, Stern, Newsweek, Geo, Paris Match, National Geographic sont quelques uns des journaux internationaux qui publient régulièrement ses reportages.

  • Brivemag.frPourquoi prenez-vous l'appareil à 14 ans et pourquoi le prenez-vous encore 40 ans plus tard ?


Reza: A 14 ans, je voyais des scènes d'injustices sociales et individuelles qui me touchaient beaucoup, à Tabriz, en Iran. J'essayais de les expliquer mais je n'arrivais pas à dire cette réalité par les mots alors j'ai voulu essayer de le faire par l'image. A l'époque, la photo n'était pas très courue à Tabriz contrairement au dessin ou à la peinture. Mais je ne faisais que barbouiller. C'est à 14 ans que j'ai pris l'appareil photo de mon père. D'un seul coup, juste en regardant dans le viseur, je me suis rendu compte que c'était ça: j'ai pris conscience de l'importance de recadrer la réalité qu'on a en face de soi. Mon but n'était pas de faire de l'art pour l'art, la photo était un outil au service de ma pensée et de mes expressions. 40 ans plus tard, c'est toujours la même chose. La photo a un rôle très important, un pouvoir collectif, individuel et démocratique car elle a cette capacité de contact immédiat avec tous les gens du monde, sans barrière de langues.

  • Alors que vous photographiez la pauvreté, la misère ou l'injustice vos clichés gardent la trace d'un espoir. A quoi tient-il ?


L'homme évolue vers une perfection: l'enfant grandit, marche, va à l'école et je crois que l'humanité marche dans le même sens. Elle n'en est qu'à ses premiers ébats de bébé qui fait des bêtises. L'humanité est un bébé de 5 jours. Dans 500 ans ou plus, on portera le même regard sur les années 2000 que celui que nous portons aujourd'hui sur les hommes des cavernes: "Regardez quels sauvages ils étaient avec tout cet argent qu'ils utilisaient pour se tuer l'un l'autre".

  • Comment avez-vous débuté votre carrière professionnelle ?


Dès 16 ans, j'avais lancé un journal au lycée, L'Envol. Deux jours après il était confisqué et j'étais arrêté. Alors j'ai continué mes activités en photographiant l'injustice en cachette. Il faut savoir qu'à l'époque aucun magazine ne sortait sans passer par la censure. C'est inimaginable ici, aujourd'hui. A cause de cela, à 22 ans, on m'a arrêté, torturé pendant plusieurs mois et emprisonné pendant trois ans mais ça ne m'a pas empêché de continuer à faire des photos et à penser que c'était important. A ma sortie de prison, j'ai fini mes études d'architecture et j'ai commencé à travailler dans un cabinet de Téhéran sans cesser de faire des photos. C'était au moment des émeutes en Iran. J'ai finalement pris congé du cabinet d'architecture. C'est chemin faisant que j'ai rencontré des journalistes étrangers qui venaient couvrir l'événement. Ils ont été épatés par mon travail. Moi, je n'en connaissais pas la valeur car je faisais cavalier seul. Et c'est par le bouche à oreille que j'ai intéressé les presses. L'AFP à Téhéran m'a demandé quelques photos et mon travail a vraiment commencé grâce au fondateur historique de l'agence SIPA presse qui a tout de suite flashé sur mes photos et m'a demandé de faire un premier reportage en Iran. Ç'a été le début de ma carrière sans que j'en ai vraiment l'intention. Je ne pensais pas que ça allait durer. C'était il y a 30 ans.

  • Comment travaillez-vous sur le terrain ?


La photo est un vrai tête à tête avec la personne. Je ne pars pas avec une grande équipe et je passe du temps avec les gens, je vis la vie que la personne mène: c'est là un des petits secrets de mon travail.

  • Est-ce que l'arrivée du numérique a changé votre manière de photographier ?


Ironie de l'histoire, il est pour moi une vraie charge financière et une libération. Dire sans cesse que c'était mieux avant est la nostalgie des idiots. Il faut vivre avec son temps et donner sa chance à chaque outil.

  • Concevez-vous l'appareil photo comme un bouclier qui vous protège de la réalité ?


Pour moi c'est le contraire. Quand j'ai l'appareil et que je suis devant une situation, je fonce au plus proche de l'événement. L'important est de se demander pourquoi on est là. Si on y est en tant que reporter et qu'il y a des millions d'autres personnes qui attendent que je sois leurs yeux, j'ai cette responsabilité d'y aller.

  • Pourquoi avoir accepté l'invitation au festival Icare à Brive ?


C'est l'occasion de raconter l'histoire de ceux qui m'ont fait confiance quand je les ai photographiés. Et cette relation très intime qui se crée dans ces festivals, comme un tête à tête avec une ville, est importante pour moi, pour continuer mon travail.

REZA

Affiche du festival Icare