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Bohringer le syncopé révolté

  • Publié le 05/11/2011 à 15:20
  • Par Marie Christine MALSOUTE
Quand Richard Bohringer lit

"Mes mots ne viennent pas de la syntaxe mais de la syncope." Connaissant le personnage, on était prévenu, ça allait fuser de tous côtés. Des phrases cinglantes, il y en a eu, à ravir d'aise un public nombreux: le "sérail", ce "Paris qui pétille"... L'homme a du punch. Et de la gouaille. Il a les mots de sa gueule, ceux d'une vie houleuse bien qu'apparemment apaisée. Entre colère et tendresse, un être réconcilié avec lui-même, mais toujours révolté.



Rencontre lecture de Richard BohringerPour sa rencontre lecture sur son dernier livre Les nouveaux contes de la cité perdue (Flamarrion), Richard Bohringer est entré en scène comme on monte sur un ring. Avec un direct d'emblée sur la foire du livre. "Vous imaginez bien qu'il y a des choses qui ne me plaisent pas... C'est ce tapis rouge à la descente du train..." Nul besoin de complément inutile. Les rires fusent. Le comédien sait qu'il tient son public qui n'attendait d'ailleurs que ça. Le voilà parti pour une volée d'uppercuts, sur les politiques, leurs dérives, l'outrecuidance, le parisianisme... "Je suis de la France d'en-bas et je tiens à y rester, même si ma vie est aujourd'hui plus facile." L'homme se dit désormais "indestructible... quoi qu'en dise le fameux sérail".

Le public L'Afrique, la boxe, l'alcool, la poésie, les errances hasardeuses, ses potes disparus, sa maladie... il jongle avec ses débordements. Imprévisible. Pire, incontrôlable pour l'animateur qui finit par laisser filer. Il y a aussi ces moments où la voix tombe d'un ton: "Ecrire n'est rien, c'est se relire qui est terrible", lâche Bohringer. "Cette passion est très destructrice: on cherche les moments les plus romanesques pour trouver l'inspiration et on ne sait jamais si on on est allé vers ces destins chaotiques que pour nourrir ces putains de mots." Les rires ont disparu. "L'écriture n'est pas une thérapie. C'est une brûlure qui met le feu. Je suis encore plus malheureux quand j'ai fini d'écrire." L'acteur ne pouvait rester longtemps sur ce mode:Rencontre lecture de Richard Bohringer "J'ai 70 ans, je brûle toujours les mêmes trucs et j'ai d'ailleurs jamais trouvé de pompiers." Les rires repartent de plus belle.

Puis la lecture fut. Des phrases courtes, avec ou sans verbe, qui sonnent comme des coups de poing. "Moi, je suis encore à la guerre, en bas, sur la terre." Des textes hachés, comme écrits sous des pulsions, des cris de rage ou des larmes de poésie. La mélodie des mots de celui qui fut tout d'abord musicien et écrivain avant de briller au cinéma. Une émotion à fleur de peau à laquelle répondait le silence de la salle. Un triomphe!

Rencontre lecture avec Richard Bohringer



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