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Encre noire pour nuit blanche

  • Publié le 12/12/2011 à 15:46
  • Par Jennifer BRESSAN
Nuit de la lecture

Samedi soir, les amoureux des mots avaient rendez-vous au théâtre de la Grange avec des Prévert, Queneau, Supervielle, Eluard, Mabanckou, Hemingway ou encore Pennac. C'était là la première édition de la nuit de la lecture et au vu de l’enthousiasme que cette soirée qui s'est poursuivie jusqu'à 4 h du matin a suscité, ce ne sera vraisemblablement pas la dernière.

Place aux enfantsA l'occasion des 100 ans des éditions Gallimard, le théâtre de la Grange, qui poursuit son action en faveur de la lecture, a proposé samedi soir à tous les lecteurs qui s’en sentaient le cœur de venir lire sur le plateau du théâtre des extraits de livres édités dans la mythique maison d'édition. L’occasion de découvrir et de redécouvrir des auteurs, des mots, des univers inconnus ou oubliés, drôles ou graves, passés ou actuels.

Honneur aux jeunes avec près d’une cinquantaine d’enfants du Conservatoire mais aussi de différents collèges et lycées de la ville. « On a pris tous les inscrits, on est un peu dépassé », reconnaît Claire Fustier, membre du conseil d’administration et organisatrice de l’événement aux côtés d’Agnès Borderie, salariée au théâtre et Marie Antoine, présidente. "L’idée d’impliquer les enfants s’est tout de suite imposée. Dans un contexte où la lecture se perd, il revient aux enfants de prendre le relais."

Parmi les auteurs que les jeunes ont eux-mêmes choisi, trône en bonne place Lewis Carroll et son Alice au pays des merveilles. "C’est moi qui l’ai choisi ", reconnaît Adryaan. "C’est un conte merveilleux qui réunit beaucoup de personnages différents et qui nous apprend beaucoup de choses", confie-t-il visiblement très attaché à l’ouvrage. "Je veux être comédien", poursuit-il. "Je n’avais jamais fait de lectures publiques. Ça a été une bonne expérience pour moi." Et leur professeur de français qui anime aussi l’option théâtre au lycée d’Arsonval, Marie-Christine Vélu, d’ajouter: "Ils se sont beaucoup impliqués dans ce travail et n’ont pas compté leurs heures. Lire à voix haute est un exercice très difficile. Bien savoir le faire, c’est déjà bien comprendre le texte et c’est déjà presque savoir le jouer."

Place ensuite aux plus grands. Un extrait du roman d’Alain Mabanckou ou encore du dernier ouvrage de Théo Ananissoh, écrivain en fin de résidence à Brive présent sur les fauteuils remplis du théâtre de la Grange, un poème de Tomas Tranströmer, prix Nobel de la littérature cette année, mais encore des correspondances d’Annie Ernaux ont été l’occasion de découvrir des auteurs, des univers, des textes inconnus. "La particularité de cette soirée est de venir lire à haute voix des extraits et de faire découvrir des textes", confirme Claire Fustier. D’où vient alors que certaines personnes choisissent sciemment de lire des auteurs et des passages bien connus de tous?

"Oui je sais, tout le monde le connaît", commence une lectrice en train d’ouvrir La Fée carabine de Daniel Pennac. Espace pour découvrir des auteurs, cette nuit a aussi été l’occasion de s’entendre relire des mots dont la matière s’est presque élimée, trouée, à force d’avoir été parcourue par les yeux amoureux de lecteurs avides. Le sourire esquissé sur les visages de chaque personne à l'issue de la lecture vient percer le mystère de l’intérêt de la relecture. Le plaisir de certains livres, de la trempe de ceux qui nous accompagnent longtemps, ne se tarit pas: il reste indemne lecture après lecture, comme un chemin familier qu’immanquablement on redécouvrirait jour après jour.

Jusque tard dans la nuit, la soirée s’est prolongée. "Ce qui est sûr, c’est qu’on va poursuivre l’aventure l’année prochaine, sous une forme néanmoins plus légère, plus courte", commente Claire Fustier alors que les premières heures du jour s’annoncent et qu’une vingtaine de lecteurs attendent encore leur tour pour réveiller de leurs yeux les mots endormis qui n'attendent qu'un battement de cils pour reprendre vie.

Le prochain rendez-vous au théâtre de la Grange: La Maladie de la mort, de Marguerite Duras. Théâtre expression 7 / Cie Max Eyrolle. Jeudi 15 décembre à 20h30. Infos: 05.55.86.97.99.