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Pierre Mouzat et Eric Dumesny se partagent l’affiche

  • Publié le 28/12/2012 à 09:26
  • Par Jennifer BRESSAN


Inaugurée hier soir, l'exposition des sculptures de Pierre Mouzat et des peintures d'Eric Dumesny se poursuit jusqu'au 15 janvier au 4 rue des Deux Porches. L'occasion de découvrir des travaux inédits des deux artistes. De 10h à 12h et de 14h à 18h30. Entrée libre.

Au sein du vaste espace lumineux qu'offre l'ancienne boutique de chaussures située au 4 rue des deux Porches, les sculptures de Pierre Mouzat et les peintures d'Eric Dumesny s'entremêlent sans confusion, coexistent sans altercation. C'est que les univers et les formes sont bien distincts: acrylique, ambiance retro et couleurs vives d'un côté, blancheur du plâtre ou couleur marbre enveloppant des êtres décharnés et abîmés, de l'autre.

Rien à voir en somme. Mais beaucoup à découvrir par contre pour Eric Dumesny d'abord qui a récemment exposé à la chapelle Saint-Libéral ses célèbres femmes brunes aux yeux bleus écarquillés mais qui présente également cette fois-ci, une autre facette de son travail récent, plus abstrait. Même chose pour Pierre Mouzat qui expose notamment ses deux dernières créations: Evolution aléatoire et Canicule, sculpture au vitriol d'un corps décharné de femme âgée comme alitée dans sa chaise longue.

L'exposition présente aussi des œuvres bien connues et appréciées des deux artistes. Le grand violoncelliste pour Pierre Mouzat qui en impose dès le pas de la porte; et pour Eric Dumesny, ses fameuses brunes déclinées en différentes ambiances, différents formats, différents cadrages. "J'ai mis trois ou quatre ans à le trouver, mais je sais à présent que ce genre figuratif, naïf, avec ces couleurs vives, c'est mon style. Si les thèmes changent, le graphisme restera le même." C'est sa patte. "Ambiance retro années 1940 ou 1950 déclinée version bord de mer ou cabaret, en tout cas, très art déco."

Ce qu'il a récemment fait de plus abstrait "façon Pollock" comme Route 66 ou NY by night reste "plus anecdotique, "estime le peintre. Plus une façon de se libérer, de jeter de la peinture sur la toile. "Pas une dispersion" pour autant se défend-il. C'est tellement différent, le contraste si saisissant qu'il n'y a pas de comparaison à faire. "J'ai essayé, il se trouve que ça marche pas mal", mais il ne saurait tarder à revenir à ses premiers amours: la mystérieuse brune aux yeux grands ouverts sur le monde.

Changement d'ambiance avec les sculptures de Pierre Mouzat qui ponctuent l'espace de corps étirés, nus, affaissés. "Je crois que plus le temps va passer, plus j'irai vers le décharné." Définitivement plus Louise Bourgeois ou Giacometti que Botero, le sculpteur retrouve dans cette maigreur un sens esthétique: "ça donne des creux, des bosses: du contraste de forme et de couleur". Un sens moral aussi. "Ces corps qui tombent, s'échappent, vieillissent, ce sont à notre propre condition de mortel qu'ils nous renvoient. On n'est fait que de ça. De chaire et d'os", poursuit-il en pointant du doigt La vieille amie, au corps abîmé mais surtout voûté, comme effondré sous le poids de la vie et des années. "Et pourtant, elle tient debout, sur ses deux jambes." Effectivement, à bien y regarder, il n'y a pas de socle retenant l'équilibre de l'ensemble. Une évolution de la technique du sculpteur qui s'est présentée un peu par hasard mais qui fait aujourd'hui une des particularités de l'artiste. Qui fait son plaisir aussi. Car plaisir il y a, par-delà la souffrance de ces membres tiraillés, il est surtout question d'humanité. Et d'espoir.

A voir jusqu'au 15 janvier, en entrée libre. Plus d'infos auprès des artistes: pierremouzat@yahoo.fr et ericdumesny@hotmail.fr