En octobre 2026, les Brivistes pourront présenter leur candidature aux élections des conseils de quartiers. Le scrutin se déroulera durant la seconde quinzaine de janvier 2027. À quoi servent ces conseils ? Comment travaillent-ils avec la Ville ? Que peuvent-ils réellement changer ?
Entretien avec Jacques Veyssière, adjoint au maire, en charge de la démocratie participative, de la vie des quartiers et de l’aménagement urbain, et Éric Bouroumi, chef du service Vie des Quartiers.
Qu’est-ce que les conseils de quartiers ont changé dans les relations entre la Ville et les habitants ?
Jacques Veyssière : Avant leur création, Brive était organisée en quatre grands secteurs dont les responsables étaient désignés directement par le maire. En 2015, la Ville a mis en place 16 conseils de quartiers, puis un 17e a été créé (Les Villages Sud de Brive) afin de mieux prendre en compte les spécificités de la partie rurale de la commune.
Désormais, les habitants se présentent et sont élus dans leur quartier de résidence par les habitants. Chaque conseil peut compter jusqu’à 12 membres et représente environ 2 500 à 3 000 habitants. Ce sont eux qui se rapprochent des riverains, recueillent leurs besoins et font remonter leurs préoccupations.
Éric Bouroumi : Les conseils de quartiers sont en quelque sorte les « parlements du terrain » comme le dit notre maire Frédéric Soulier. Ils permettent de faire émerger des problèmes ou des idées que nous n’aurions pas nécessairement perçus depuis l’hôtel de ville. Ils sont la courroie de transmission entre les habitants, les élus municipaux et les services.
Comment les conseillers recueillent-ils les attentes des habitants ?
Jacques Veyssière : Au début du mandat, ils établissent un diagnostic de leur quartier. Ils peuvent distribuer des questionnaires, faire du porte-à-porte, organiser des permanences ou profiter des assemblées générales et des animations pour échanger avec les habitants.
Éric Bouroumi : Ils dressent ainsi une liste de besoins qui peut être très longue. Les représentants du quartier rencontrent ensuite la Ville et ses services afin d’examiner les propositions. Celles-ci sont étudiées, chiffrées et hiérarchisées pour construire le contrat de quartier. La liste est alors resserrée et priorisée par les élus du conseil de quartier.
Jacques Veyssière : Mais leur rôle ne s’arrête pas à ce contrat. Toute l’année, ils continuent à nous transmettre les problèmes rencontrés dans leur secteur. Ils nous donnent en quelque sorte la température du quartier : ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et quelles sont les préoccupations du moment.
À quoi reconnaît-on qu’un conseil de quartier fonctionne bien ?
Jacques Veyssière : Le nombre et la régularité des réunions sont un premier indicateur. Mais un conseil qui fonctionne bien, c’est surtout un conseil qui crée une dynamique dans son quartier.
Certains organisent des vide-greniers, des bourses aux jouets, des rencontres, des conférences, des repas ou des randonnées. D’autres accueillent les nouveaux habitants ou proposent des permanences pour recevoir le public.
Éric Bouroumi : Dans les quartiers 11 (Pôle Universitaire) et 12 (Bouquet Villages), par exemple, certaines animations attirent beaucoup de monde. Comme par exemple le vide-grenier de l’IUT. Ailleurs, plusieurs conseils se regroupent pour organiser un événement commun. C’est le cas de l’Escapade Verte organisée par les quartiers 4 (Pont Cardinal – Pigeonnie), 5 (Jean Lurçat) et 6 (Roseraie Stadium).
Cette dynamique dépend aussi beaucoup des personnalités engagées, notamment du président ou de la présidente. Certains savent fédérer une équipe et mobiliser tout un quartier. À l’inverse, il arrive qu’un bureau élu avec 12 membres se retrouve à seulement deux ou trois personnes au bout de quelques années. La vie associative est donc un bon indicateur de la santé du conseil.
Quels projets n’auraient probablement pas vu le jour sans les conseils de quartiers ?
Jacques Veyssière : Le pumptrack de la voie verte est un très bon exemple. Le quartier 16 (Rosiers) a fait le choix d’y consacrer une part importante de son enveloppe. Il a également participé au choix de l’emplacement et défendu le projet malgré des inquiétudes exprimées par les habitants du quartier au départ.

Éric Bouroumi : Nous avons entendu ces réserves et nous sommes allés sur le terrain. Mais le conseil connaissait son quartier et a maintenu son choix. Aujourd’hui, l’équipement est très fréquenté et même certaines personnes initialement réticentes reconnaissent à présent sa réussite. C’était courageux de leur part ! Sans le conseil de quartier 16, le pumptrack ne se serait probablement pas fait, ou pas de cette manière.
D’autres réalisations illustrent-elles cette connaissance du terrain ?
Jacques Veyssière : Dans le quartier 17 (Les Villages Sud de Brive), qui correspond à la partie rurale de Brive, le conseil a décidé de financer quatre bâches destinées à la lutte contre les incendies. Les habitants ont participé au choix de leur implantation avec les services compétents. Certaines ont déjà été utilisées lors de départs de feu cet été. Sans cette remontée du terrain, la collectivité n’aurait peut-être pas réalisé ces équipements aussi rapidement.
Éric Bouroumi : Le quartier 12 (Bouquet villages) a, de son côté, proposé une aire de jeux près de l’ancienne piscine Gaëtan-Devaud. Quelques riverains redoutaient le bruit, mais le projet a été maintenu. Depuis son ouverture, cet équipement est bien accepté et aucun problème particulier n’a été constaté.
Jacques Veyssière : Les jardins partagés des Prieurs, portés par le quartier 14 (Gaubre), constituent une autre réalisation emblématique. Ils fonctionnent très bien et leur intérêt dépasse largement le jardinage : ils créent du lien social et permettent aux habitants de se rencontrer.
Éric Bouroumi : À la plaine des jeux de Tujac, les aménagements réalisés répondent également à une demande exprimée localement. Ce sont des projets que les services municipaux n’auraient pas nécessairement inscrits seuls parmi leurs priorités.
Les réalisations importantes sont-elles toujours les plus spectaculaires ?
Éric Bouroumi : Non. Les grands équipements sont très visibles, mais une intervention modeste peut changer le quotidien d’un habitant. Cela peut être un problème de stationnement, des conteneurs mal placés, des branches gênantes, des feuilles, du bruit ou un aménagement de sécurité.
Jacques Veyssière : Dans le quartier 17 (Sud Brive), une table d’orientation a par exemple été installée. Ailleurs, il peut s’agir d’un cheminement, d’un panneau, d’un trottoir ou de quelques places de stationnement. Vu à l’échelle de la ville, cela paraît parfois mineur. Pour les personnes qui rencontrent le problème chaque jour, c’est essentiel.
Les réalisations les plus utiles ne sont donc pas toujours les plus spectaculaires.
Comment arbitrez-vous lorsque les habitants ne sont pas d’accord ?
Éric Bouroumi : Une proposition portée par un conseil n’est pas appliquée automatiquement. Modifier le stationnement ou le sens de circulation d’une rue peut déplacer le problème et avoir des conséquences dans tout un secteur.
Lorsque cela est nécessaire, nous consultons directement les riverains. La Ville prépare un plan et un courrier expliquant précisément le projet et ses conséquences. Les documents sont distribués dans toutes les boîtes aux lettres concernées et chacun peut se prononcer.
Jacques Veyssière : Nous ne réalisons pas certains aménagements sans une adhésion suffisante. Il est déjà arrivé qu’un président soit convaincu qu’une rue devait passer en sens unique, avant de constater que 80 % des riverains consultés y étaient opposés. Il l’a reconnu très simplement : il s’était trompé. Le projet n’a donc pas été réalisé.
C’est tout l’intérêt de la méthode. Une idée est proposée, les services vérifient qu’elle est réalisable et nous nous assurons qu’elle correspond bien à l’intérêt général.
Les conseils interviennent-ils uniquement dans le cadre de leur enveloppe financière ?
Éric Bouroumi : Non. Tout ce qui est signalé n’a pas vocation à être inscrit dans un contrat de quartier. Certaines demandes relèvent directement des missions habituelles de la Ville et sont prises en charge par les services compétents.
Jacques Veyssière : Dans le secteur situé derrière l’avenue de Paris, ou autour de l’avenue Thiers, des habitants ont par exemple alerté la Ville sur une circulation devenue trop importante. Des groupes de travail ont été constitués avec les riverains, les commerçants, les professions libérales et les représentants du quartier. Plusieurs solutions ont été testées pendant près de deux ans avant d’aboutir à une organisation qui semble aujourd’hui satisfaire le plus grand nombre.
Les conseils peuvent aussi être associés aux grands projets municipaux qui concernent leur secteur, bien au-delà de leur contrat : opérations d’aménagement, évolution du plan local d’urbanisme (PLU) ou transformations importantes d’un quartier. Lors de la présentation des grands travaux de l’avenue Maillard les habitants en ont eu la primeur.
Leur rôle consiste donc aussi à transmettre de l’information ?
Jacques Veyssière : Oui, et c’est un aspect moins connu. La collaboration fonctionne dans les deux sens. Les conseils nous font remonter les informations du terrain et, en retour, la Ville leur présente ses projets et ses politiques afin qu’ils puissent les expliquer aux habitants.
Éric Bouroumi : Des intervenants peuvent, par exemple, être invités lors des réunions de présidents pour parler des économies d’eau, de la détection des fuites ou des équipements permettant de réduire la consommation. Les conseils intéressés relaient ensuite ces informations dans leur quartier.
Depuis ce mandat, chaque quartier bénéficie également d’un interlocuteur identifié au sein de la police municipale. Le président peut ainsi signaler directement des difficultés liées au stationnement, aux nuisances ou à la tranquillité publique. Ce lien facilite et accélère les échanges.
Un conseiller de quartier peut-il tout régler ?
Éric Bouroumi : Non. Un conseiller de quartier n’est ni un élu municipal ni un agent de la Ville. Il ne peut pas résoudre seul toutes les difficultés rencontrées dans son secteur.
Il est aussi parfois sollicité ou interpellé de manière assez vive par des habitants mécontents. Or les conseillers sont des bénévoles. Ils doivent pouvoir écouter, transmettre et proposer sans porter personnellement la responsabilité de toutes les décisions.
Jacques Veyssière : Leur pouvoir s’exerce principalement dans le choix des projets du contrat de quartier. Pour le reste, ils constituent un relais privilégié. Ils signalent une situation et la Ville mobilise ensuite le service compétent.
Faut-il posséder des compétences particulières pour être candidat ?
Jacques Veyssière : Dès lors qu’un habitant veut s’investir pour son quartier, sa candidature est légitime !
Les conseillers apportent leur connaissance des lieux et des usages. Ils n’ont pas à établir les devis, à vérifier la réglementation ou à concevoir techniquement les aménagements. Ils bénéficient de l’expertise des services municipaux, qui leur expliquent ce qui est possible, ce qui ne l’est pas et pour quelles raisons.
Éric Bouroumi : Les principales qualités sont l’écoute, le goût du contact, la disponibilité et l’envie d’agir pour l’intérêt général. Il faut venir pour l’ensemble du quartier, pas uniquement pour obtenir des travaux dans sa propre rue.
Cet engagement demande-t-il beaucoup de temps ?
Jacques Veyssière : Les deux premières années sont généralement les plus actives. Il faut rencontrer les habitants, établir le diagnostic et construire le contrat. Cela demande un investissement réel, mais il ne s’agit pas d’une activité quotidienne.
Le rythme dépend ensuite de chaque association. Certaines se réunissent une fois par mois, d’autres moins souvent. Une grande partie des échanges avec la Ville se fait aujourd’hui par courriel, ce qui simplifie le suivi des demandes.
Éric Bouroumi : Chaque conseil reçoit également une subvention annuelle de 1 000 euros pour son fonctionnement associatif et ses animations. Une fois élus, les habitants gèrent eux-mêmes leur association.
Quel est le principal enjeu des élections de 2027 ?
Jacques Veyssière : Le premier enjeu est d’avoir suffisamment de candidats dans chacun des 17 quartiers. Les sujets, eux, ne manqueront pas : au cours des dernières années, de nombreuses demandes ont déjà été recueillies et pourront être présentées aux futurs conseillers.
Éric Bouroumi : Nous accompagnerons les nouvelles équipes, car il n’est pas évident de découvrir le fonctionnement d’une collectivité. Nous leur transmettrons également les remontées déjà enregistrées dans leur quartier. Elles constitueront une première base de travail, mais ce seront bien les nouveaux conseils qui mèneront leur diagnostic et choisiront leurs priorités.
Jacques Veyssière : Nous souhaitons des candidatures diverses, avec des habitants d’âges, de professions et de parcours différents. Un conseil de quartier doit être à l’image de celles et ceux qu’il représente.
En une phrase, quelle est l’utilité des conseils de quartiers ?
Jacques Veyssière : Ils sont le poumon de la vie des quartiers et la courroie de transmission entre les habitants et la Ville : ils nous disent ce qui se passe réellement sur le terrain.
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Élections des conseils de quartiers 2027
– Dépôt des candidatures : courant octobre 2026
– Élections : seconde quinzaine de janvier 2027
– Vote : par voie électronique ou par correspondance
– Candidature et vote : dans son quartier de résidence
– Composition : jusqu’à 12 conseillers élus par quartier
Renseignements :
Service Vie des quartiers – Hôtel de Ville
0 801 800 900