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Senzo graffe à Tujac cité

  • Publié le 31/03/2009 à 14:45
  • Par Marie Christine MALSOUTE

SenzoAu pied des immeubles de Tujac, Senzo graffe le mur HLM d'expression libre. Heureux! Bombe en main, au rythme de sa musique, le jeune Briviste met de la couleur dans la cité et du rêve dans la tête des "microbes", les gamins du coin.


Vous l'y trouverez, chaque après-midi ensoleillé... à moins qu'il ne soit sur une performance à Londres, Bordeaux, Madrid ou Reims.


senzoSenzo, c'est son "blaze", sa signature dans le jargon international des graffeurs, vestige du temps où les pseudonymes étaient rendus nécessaires par le travail clandestin du taggeur sur sa rame de métro. Mais, ici, rien que de très officiel pour Amine Benbaba (son état civil). Fini le temps où comme tous les minots de 13 ans, le petit Amine marquait à la volée les murs de la cité. En dix ans d'acharnement, Senzo est passé au graff. Aujourd'hui, à 23 ans, il en fait même son métier, travaillant sur commande ou invitation. Son pinceau à lui, c'est la bombe dont il possède une palette impressionnante dans toutes les teintes.



SenzoA grands traits de bombes, Senzo vous revisite la chambre du petit, le bureau, la salle de restaurant ou le décor de piscine avec, selon vos goûts, des dauphins, palmiers, personnages, lignes fuyantes, 3D, "block letters" ou "wild style"... Mais ce qu'il préfère, lui, ce sont les portraits, en noir et blanc... et oui! Il a ainsi croqué Al Pacino, De Niro, Monica Belucci... Bientôt, il graffera même Jacques Brel pour un lycée bordelais du même nom, dans le cadre d'un projet mené avec les élèves qui y intégreront des paroles du chanteur.

"Je suis autodidacte", explique Senzo. "Il a bien fallu. A Brive, on est un peu loin des courants des grandes villes, des autres graffeurs. Et j'ai toujours voulu faire ça. Il m'a fallu beaucoup de pratique et je continue. J'ai aussi passé un bac pro comptabilité au lycée Danton, pour pouvoir gérer mon entreprise et j'ai fait une rapide formation de peintre décorateur en un an à Bordeaux."



Détail d'un wild styleMais pas si facile de se faire un blaze dans le métier. Heureusement, le destin a aidé le talent. En mai dernier, suite à une rencontre à Casablanca, il est rentré dans un groupe, "One salam crew". "Ça marche comme ça dans le graff, toujours par affinité." Le "groupe" réunit des graffeurs, avec chacun sa spécialité. "Nous sommes environ 25. Comme la plupart ont 30 ans et plus, pour eux, je suis le jeunot", plaisante Amine. "Du coup, ma côte a monté." Avec eux, il vient encore de graffer un pont à Getafe, au Sud de Madrid. "On travaille dans une ambiance de fête... de loin, ça ressemble à un pique-nique."

Aujourd'hui, Senzo a déployé son siège pliant (pour les coups de fatigue), posé ses caisses de bombes, installé son escabeau, poussé un peu sa radio, enfilé ses gants de chirurgiens, à trois pas de l'appartement de Tujac 3 qui l'a vu grandir. Devant lui, sa "toile" tout de long: l'arrière des garages donnant sur le terrain de basket. L'Office HLM lui a accordé à sa demande ce mur d'expression libre, ainsi qu'un autre vers la plaine des jeux Ouest. Les premiers à Brive. "Là où il y a des murs d'expression, on constate qu'il y a moins de tags un peu partout, moins de vandalisme", argumente le jeune graffeur. "Maintenant que j'ai ce mur, je reste à Brive et j'essaie de motiver les jeunes, de les conseiller et je donne de la couleur au quartier. Les habitants sont contents."



La panoplie du graffeurToujours sourire, Amine anime aussi des stages pendant les vacances au centre Jacques Cartier. Un de ses projets est de voir un "battle" à Brive, une sorte de festival hiphop, comme celui qui a eu lieu pour la première fois à Limoges ce week-end. "Une première partie danse devrait avoir lieu au Fronton le 2 mai. Je suis chargé d'organiser la partie graff en juin. Il y aura également un volet musique un peu plus tard." Sans oublier, le projet annoncé de la grande fresque qui doit être réalisée avec la participation des Brivistes autour du chantier du théâtre municipal. Pour l'heure, Amine n'attend plus que le feu vert de la mairie.

Le jeune Briviste ne manque ni de projets, ni d'inspiration, ni de volonté. Encore moins de gentillesse. Senzo a beau voir les portes du monde s'entrouvrir, il n'en reste pas moins attentif et solidaire. Pour preuve, à la sortie de l'école, les "microbes" viennent se planter derrière lui, auditoire silencieux captant le moindre geste du graffeur. Lui apportant même pour avis leurs tags miniatures sur papier. Respect!


Senzo se reposant devant le mur d'expression libre


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A noter que le graff a enfin droit à une belle reconnaissance avec "Le tag au Grand Palais". L'exposition qui s'est ouverte il y a quatre jours, présente jusqu'au 26 avril, la collection Gallizia, architecte et collectionneur passionné. Une exposition unique de 300 œuvres des plus grands artistes du monde entier, le plus important témoignage de cet art éphémère sur plus de trois générations.